Bon, maintenant, que les démons sont repus, je vais te décrire nos plus belles offrandes, celles qui sont pour les dieux ! Les dieux, eux ont bon goût : ce qui leur est présenté doit être très harmonieux et joli à regarder et tout ce qui est comestible doit être frais ! Pour leurs offrandes, nous nâutilisons que des bonnes choses et de jolis matériaux dont nous nous servons nous-mêmes dans notre vie courante. On peut par exemple faire une offrande avec un sarong, ou un coupon de tissu, que nous plaçons sur un dulan, cet espèce de plateau rond fixé sur un pied, que les femmes transportent au temple, surmonté dâun petit canang plein de fleurs. Les jeunes feuilles de cocotier que nous avons découpées, pliées et tressées pour servir de décoration ou de réceptacle doivent être bien fraîches. Tant pis si elles noirciront vite, et que notre oeuvre est éphémère, lâoffrande fait plaisir aux dieux et y travailler nous rapproche déjà dâeux. Une fois présentée, elle peut bien se faner, ou être mangée, par nous, les humains ! Les dieux eux nâen consomment que lâessence, ou sari. Elle leur est transmise grâce à la fumée du bâtonnet dâencens que nous plaçons dessus. Mais on ne peut utiliser quâune seule fois chaque offrande, hors de question de leur donner une offrande qui a déjà perdu son sari. Parmi les offrandes les plus spectaculaires, figurent les banten tegeh. En général, elles sont composées pour les grandes cérémonies des temples, mais certaines personnes peuvent dans leur prière faire le voeu dâen offrir une pour remercier les dieux, si un proche guérit ou réussit un examen⦠Les banten tegeh peuvent mesurer jusquâà deux ou trois mètres de hauteur ! Elles sont constituées par tout un assemblage de nourriture avec des jaja (nos gâteaux) multicolores, des fruits, des oeufs, qui sâéchelonnent autour dâun tronc de bananier, auquel ils sont fixés par des épines de bambou. Si lâoffrande est belle, on nâaperçoit plus du tout le tronc ! Les plus hautes banten tegeh sont donc fabriquées dans lâenceinte du temple, tant elles sont lourdes et délicates à transporter, et il est parfois très délicat de franchir avec elles la porte du jeroan du temple, qui est surmontée dâun linteau, avec la tête de Bhoma ! Dans certains endroits, on les ramène chez soi juste après la prière, dans dâautres on les laisse tous sur le bale dans la cour du temple, jusquâà la fin de la cérémonie. Dans mon village, pour les cérémonies importantes, toutes les femmes en font de très semblables et les portent en procession jusquâau temple. Elles sont précédées par des petites filles en tenue de brocart, et suivies par la musique des gongs et les cymbales du banjar. Câest très gai !
Les sarad sont dâautres offrandes, très spectaculaires, mais elle ne sont nécessaires que pour les plus grandes cérémonies. Jâespère que tu en verras dâautres que celles qui figurent sur le dessin ! Elles sont faites par des spécialistes, en général des femmes de hautes caste, qui les sculptent dans de la pâte de riz multicolore, qui ressemble à de la pâte à modeler. Ensuite ces petites sculptures quâon appelle jaja, comme les gâteaux, sont frites. Pour ces offrandes, une multitude dâéléments est nécessaire : des animaux, des personnages, des fleurs. Quand tout est prêt, les femmes les assemblent sur un grand cadre de bambou. Lâensemble représente souvent le macrocosmos que tu connais bien, avec le monde souterrain de la tortue aux pieds emmêlés par les Nâga, la Terre des hommes, et tout en haut, bien sûr, le royaume des dieux. Câest très beau, mais malheureusement ça ne se mange pas ! On laisse donc le panneau à lâentrée du temple afin que tout le monde puisse en profiter, au moins jusquâà la fin des festivités. Comme nous, les dieux et nos ancêtres apprécient la beauté et lâart. Pour les satisfaire, lorsquâil y a une grande occasion, les plus belles offrandes ne suffiraient pas. Il faut également de la musique, de la danse, du théâtre et des marionnettes. Toutes ces activités sont aussi inséparables de nos fêtes religieuses que la prière !



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