Depuis que le dessin animé « Finding Nemo » est sorti, les enfants n’ont de cesse de demander à leurs parents un aquarium rempli de poissons clowns et il y a eu une véritable explosion des ventes de ces aquariums d’eau de mer. Ils sont incontestablement du meilleur effet, que ce soit à la maison, au bureau, dans une salle d’attente ou dans le hall d’un hôtel. Cependant, peu de personnes savent que la plupart des poissons et autres créatures marines qui alimentent ce commerce viennent essentiellement d’Indonésie. Le commerce des espèces d’aquarium marin dure déjà depuis une trentaine d’années ici et un nombre incalculable de poissons, de coraux et d’autres espèces de la région ont été capturés et expédiés à travers le monde. A l’inverse des aquariums d’eau douce, entretenir un aquarium d’eau de mer est assez coûteux et ces poissons peuvent être considérés comme des « produits de luxe ». Il est donc paradoxal de constater que les communautés de pêcheurs qui collectent ces animaux pour alimenter ce commerce sont en fait parmi les plus pauvres d’Indonésie.
De plus, comme l’échelle de ce commerce est bien petite comparée à celle du poisson d’alimentation, il s’est développé hors de la surveillance des autorités et bien peu d’informations sont disponibles à son sujet. Néanmoins, une première enquête en 2001 avait permis de cerner le problème de la surpêche du poisson-cardinal, permettant d’étaler au grand jour ce commerce des poissons d’aquarium d’eau de mer et les problèmes qui y sont liés.
Le poisson-cardinal de Banggai ou Apogon de Kaudern est un petit poisson mais un must pour les possesseurs d’aquarium d’eau de mer. Il n’atteint que 5 cm de long à l’âge adulte, avec de longues nageoires et des couleurs scintillantes mélangeant noir, bleu et argent. On ne le trouve que dans les eaux de l’archipel de Banggai, au nord-est de Célèbes. Des populations introduites par l’homme ont aussi prospéré dans les eaux du nord de Célèbes et de Bali. Ce poisson vit en groupe sur les coraux, les anémones et dans les algues d’eaux chaudes et peu profondes. La femelle pond 40 à 60 œufs plutôt volumineux chaque mois, qui sont ensuite couvés dans la bouche du male jusqu’à éclosion.
Le poisson-cardinal de Banggai a fait son apparition dans le commerce de poissons d’aquarium vers 1994. Il a fallu toutefois attendre 2007 pour qu’il soit catégorisé comme espèce menacée dans un rapport de l’IUCN (International Union for Conservation of Nature). Cette année-là, les Etats-Unis ont demandé que cette espèce bénéficie de protection pour en restreindre le commerce. Cette requête a été annulée à la suite d’assurances fournies par les autorités indonésiennes qu’un plan de préservation du poisson-cardinal de Banggai était en cours. On estime qu’un million de ces animaux étaient prélevés chaque année pour ce commerce. Des données plus récentes montrent clairement que les populations ont été sévèrement décimées par la surpêche.
Les pêcheurs utilisent des outils rudimentaires pour la collecte. Les méthodes de transports sont également inadéquates et mènent à un fort taux de mortalité et de déchet en bout de chaîne. Les cas de figures les plus extrêmes montrent que sur 10 000 poissons pêchés, moins de 2000 survivent à l’export. Il est clair que ces niveaux de mortalité sont inacceptables. Malgré l’augmentation de l’essence et des produits de première nécessité, la main d’œuvre est toujours aussi chichement payée. Ces prix bas maintiennent la pauvreté. Un pêcheur ne perçoit que deux cents sur un poisson qui sera vendu 25 dollars à New York ! Voici un exemple clair de commerce inéquitable et d’exploitation des populations rurales pauvres. Ces prix bas sont contreproductifs pour inciter à la protection de ces ressources naturelles et stimule la surpêche. Aussi longtemps que des poissons-cardinaux sauvages et bon marché seront disponibles, la perspective d’élever l’espèce en captivité ne sera pas considérée comme rentable. Sans parler des techniques de pêche destructives qui endommagent l’écosystème de Banggai. Les gens utilisent du cyanure et des grenades pour pêcher pour leur consommation et les coraux sont coupés pour être recyclés en matériau de construction.
Pour remédier à ces problèmes, des agences gouvernementales et quelques ONG travaillent avec les communautés locales afin de mettre en place un plan de sauvetage de ce poisson. Cela implique l’apprentissage de meilleurs techniques de collecte, de stockage et de transport des spécimens, la mise en place de zones de jachère et la réhabilitation des récifs coralliens. Avec l’appui du gouvernement, les insulaires sont entraînés à ces nouvelles méthodes et reçoivent un enseignement informel sur de meilleures pratiques environnementales. Cette initiative pourrait être exportée partout en Indonésie afin de préserver d’autres espèces et d’autres biotopes. A l’autre bout, les importateurs ne doivent établir des relations commerciales qu’avec les fournisseurs indonésiens responsables et les aider à supporter les pêcheurs. Les aquariophiles peuvent également demander à n’acheter que des poissons en provenance de marchands ayant reçu une certification.
Le problème des interdictions internationales, c’est que dans les pays où le respect des lois est loin d’être optimal, cela ne mène pas nécessairement à une meilleure conservation de l’espèce concernée. La sauvegarde du poisson-cardinal de Banggai et d’autres organismes marins passe par les pressions internationales mais aussi par un soutien actif.
Un plan de sauvetage réussi de ce poisson n’implique pas seulement une meilleure protection de cette espèce et de son habitat mais aussi d’autres espèces. Les villageois pourront continuer ce commerce et assurer leur avenir. Enfin, ce plan pourra servir de modèle ailleurs dans le pays.
Alors, la prochaine fois que vous verrez un joli aquarium plein de merveilleux poissons et de chatoyants coraux de toutes les couleurs, réfléchissez d’où ils viennent, pensez au coût sur l’environnement, aux populations pauvres qui les collectent. Et si vraiment vous souhaitez avoir votre propre aquarium d’eau de mer, soyez sûr d’acheter vos poissons à un vendeur recommandable. Un acheteur informé peut faire la différence !
Ron Lilley travaille pour l’ONG locale LINI. C’est une des rares organisations qui surveille le commerce de poissons d’aquarium d’eau de mer en Indonésie et qui enseigne aux communautés locales de meilleures pratiques environnementales. Pour en savoir plus sur LINI ou apporter votre soutien, visitez leur site Internet à




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