La Gazette de Bali - Dernière éditionMai 2013
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La Gazette de Bali est un journal mensuel de 40 pages, imprimé à Bali et distribué à travers toute l’Indonésie. Seul média francophone en Indonésie, la Gazette de Bali propose un contenu généraliste pour mieux décrypter les cultures indonésiennes et l’actualité de ce vaste pays, grand comme l’Europe. Quelques pages pratiques sur Bali sont plus spécifiquement dédiées aux touristes sur Bali, aux résidents et aux candidats à l’expatriation.

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Circulation, prunes et réglementation ubuesque

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L’immobilier à Bali, le Saint-Tropez de l’Asie

La loi sur les couples mixtes entre édulcoration et point mort

Lorsqu’il y a du sucre, il y a des fourmis

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L’expédition à Sumatra et à Java de Charles Henri, Comte d’Estaing

L’origine des prénoms et noms balinais

Am, stram, gram pique et pique et c’est le drame...

Sur les pavés, La Plage !

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Mémo

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Agenda culturel mai 2013

Société

par Benny H.Hoed | Edition de juillet 2012

Sommes-nous tous des aventuriers du goût ?

Sommes-nous tous des aventuriers du goût ? - La Gazette de Bali

1960. C’était ma première expérience de la France. Non, pas à Paris, mais à Toulouse, la « Ville des violettes ». C’était encore l’époque de la « Douce France ». J’étais tout de suite tombé amoureux de la ville qui, pour moi à l’époque, était la représentation du sud de la France. J’avais lu avant de partir que les gens du sud étaient gentils et sociables en général. On dit que les gens du sud sont plus sociables que les gens du nord. C’était peut-être un mythe, je ne sais pas. Mais ça m’est égal. La réalité était que pendant mon séjour à Toulouse, j’avais rencontré un peuple gentil.

Un soir, j’étais invité à dîner par une famille dont la maîtresse de maison était membre de l’Association des femmes diplômées de l’université de Toulouse. C’était une expérience inoubliable. Bien sûr, je connaissais déjà « la structure » du repas. Mon professeur de français m’en avait déjà bien instruit. Les hors-d’œuvre ou l’entrée, le plat principal et le dessert. J’étais vraiment à l’aise. Le repas était formidable, l’œuf mayonnaise, le steak – que j’avais déjà connu depuis longtemps – tout cela me plaisait (plus tard je m’étais rendu compte que c’était un repas très simple ; il y avait tant de variétés de plats dans la cuisine française que j’ai découverte au cours de mes séjours postérieurs en France). Bref, je considérais la soirée comme une « introduction à la cuisine française » et j’étais très content d’avoir cette expérience d’un repas chez une famille française.

Mais, tout d’un coup, une odeur étrange envahissait mon nez ! Je me suis dit : Qu’est-ce que c’est que cette odeur ? La maîtresse de maison nous servait au dessert un plateau de fromage que j’identifiais comme la source de cette odeur extraordinaire. Mon professeur avait en effet parlé du fromage français – et encore avec fierté ! – mais il ne m’avait pas parlé de l’odeur (ce qui ne faisait pas partie de la leçon de civilisation, bien sûr). Voici trois sortes de fromages : le Camembert, le Roquefort et le Brie, disait la dame en utilisant son index. « Les Français croient qu’il y en a plus de deux cents sortes, vous savez », elle continuait avec un ton qui exprimait une certaine fierté. Ah, ça me rappelle encore mon prof de français ! Il m’avait parlé de ces types de fromages ! Mais l’odeur, ça me gênait vraiment. Je faisais, en ce moment, une association entre l’odeur et le goût. Le goût doit être terrible ! Odeur mauvaise égale goût désagréable, pensais-je en mathématicien !

La situation se détériora quand je vis la physionomie de ces trois espèces de fromage. Après un horsd’œuvre et un steak dont le goût me plaisait, voilà maintenant que j’étais obligé de consommer du fromage pourri ! En fait, c’était une association de nature culturelle. Bien sûr, par politesse, j’ai pris un petit bout et je le mis sur ma langue. L’hôtesse me surveillait avec curiosité. C’est pas mal, me disais-je. « Qu’en pensez- vous , Monsieur Hoed ? », demandait-elle. Tout d’un coup, je pensais à l’odeur de durian et de terasi que j’aimais tant et que beaucoup d’expatriés n’aimaient pas. La formule mathématique ne s’appliquait pas.

Ce soir, j’avais subi une expérience culturelle par l’intermédiaire de l’odorat, la vue et le goût. « Ah, c’est bon, Madame. » Certes, je n’osais pas demander si ces fromages étais frais. Tout de suite, elle montrait une mine de soulagement. Son mari ne disait rien. Il me regardait avec un œil suspicieux. Il pensait peut-être que je le disais par politesse... Le repas était pour cette famille un succès. C’était une soirée réussie. En fait, j’ai pris un mois pour apprécier le fromage français. Plus tard, le fromage français est devenu le dessert favori dans ma famille. L’expérience culturelle est une phase importante dans la vie des personnes qui voyagent en touristes ou qui décident de vivre hors de leur pays. Dans une époque où l’on se déplace de plus en plus facilement d’un pays à l’autre, cette expérience culturelle par le goût est devenue formidablement intéressante. Nous nous trouvons souvent dans un environnement culturel qui n’est pas le nôtre. Ceux qui se déplacent souvent sont forcés à se faire « naturaliser » gastronomiquement en gardant leur propre culture. C’est un phénomène que nous pouvons appeler « aventure culturelle ». La mondialisation a également affecté le domaine des goûts. Les gens qui vivent dans les villes sont presque tous des aventuriers.

Regardons les enfants qui préfèrent consommer la junk food, une culture gastronomique importée des Etats-Unis. Le fast food ou « repas express » est devenu partie de notre style de vie internationalement. On a vu à Paris des Français qui fréquentaient les restaurants chinois, indiens, marocains ou nigériens. Ici, on a vu aussi les expatriés qui se plongeaient au sein de la gastronomie locale. On témoigne ainsi de bule qui mangent au restoran Padang ou qui commencent à apprécier le durian et peut-être aussi le sambal terasi. Le mariage inter-nation – ou dans le cas d’Indonésie aussi inter-ethnique – facilite le processus de cette naturalisation gastronomique. Avec des centaines de sortes de cuisines, l’Indonésie est, même pour les Indonésiens, une arène où l’on pourra s’aventurer gastronomiquement. Ne sommes-nous pas des aventuriers gastronomiques ? Ou plutôt des aventuriers du goût ? Car soyons clairs : je ne parle pas ici de la gastronomie ; je parle du goût en tant qu’aspect d’une culture. Bien qu’elle fasse aussi partie de la culture, la gastronomie n’est qu’un véhicule.

Le goût est un aspect important de la culture. Dans un sens plus général, le goût ne concerne pas uniquement ce qui touche notre langue. Mais je trouve que le goût qui est associé à ce que nous consommons est un cas particulier. D’abord, parce que le goût ne se transmet pas par l’Internet (pas encore ?). Il faut être vraiment là et goûter. Ensuite, parce que le goût est personnel. On dit : « Tu es ce que tu manges ». Il n’est pas toujours facile d’apprécier ce que l’on n’a jamais goûté. Mais le goût est souvent acquis socialement quand on tombe au sein d’un environnement culturel. On commence par l’expérience pour ensuite passer à l’expérimentation. Après, on s’habitue. Ou on refuse... A mon avis, quand on a l’audace de s’aventurer gastronomiquement, on fait déjà partie de ces aventuriers du goût. Etes-vous un ou une de ces gens-là ?

Le Dr. Benny H. Hoed est un professeur à la retraite de la Faculté des Sciences Humaines de l’université d’Indonésie.

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