La Gazette de Bali - Dernière éditionMai 2013
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La Gazette de Bali est un journal mensuel de 40 pages, imprimé à Bali et distribué à travers toute l’Indonésie. Seul média francophone en Indonésie, la Gazette de Bali propose un contenu généraliste pour mieux décrypter les cultures indonésiennes et l’actualité de ce vaste pays, grand comme l’Europe. Quelques pages pratiques sur Bali sont plus spécifiquement dédiées aux touristes sur Bali, aux résidents et aux candidats à l’expatriation.

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par Jean-Baptiste Chauvin | Edition de juillet 2012

L’Indonésie peut-elle échapper à la crise ?

L’Indonésie peut-elle échapper à la crise ?  - La Gazette de Bali

En 2008, quand la crise financière avait ébranlé les Etats-Unis et une grande partie du monde à leur suite, l’Indonésie était brillamment parvenue à maintenir le cap de la croissance. En 2012, c’est l’Union Européenne qui est en grande difficulté économique. L’archipel pourra-t-il à nouveau regarder les grandes puissances historiques décliner sans lui-même en ressentir les effets ?

Vue d’Indonésie, la crise européenne semble bien loin. Non seulement parce que plus de 10 000 kilomètres nous en séparent, mais aussi et surtout parce que ses effets sur l’économie indonésienne se font pour l’instant bien discrets. La grande force de l’économie nationale, c’est sa consommation intérieure. Un marché de 240 millions d’habitants dont une proportion croissante a les moyens de consommer et pour qui l’épargne est une notion inconnue. 60% du produit intérieur brut indonésien est ainsi le résultat de cette croissante frénésie de consommation. Ce phénomène avait déjà aidé l’Indonésie à ne pas subir trop fortement les effets du ralentissement de l’économie américaine il y a quatre ans, contrairement à d’autres économies davantage tournées vers l’exportation comme celle de la Thaïlande. L’autre force de l’Indonésie, ce sont ses banques. Très fortement touchées et impliquées dans la crise financière et monétaire asiatique en 1998, elles ont été contraintes d’évoluer et sont bien plus saines aujourd’hui. C’est grâce à ces reformes qu’elles sont parvenues à traverser la crise de 2008 sans encombre, à l’exception de la banque Century, et qu’elles restent fortes dans le contexte actuel, jouant leur rôle dans le fonctionnement de l’économie nationale.

L’Indonésie semble donc armée face aux soubresauts affectant l’Union Européenne et une bonne parti e de l ’ économi e mondiale par ricochets. C’est la raison pour laquelle sa croissance en 2012 devrait une nouvelle fois se situer entre 5 et 6%. Néanmoins, si la situation européenne venait à se prolonger dans le temps, les économies émergentes pourraient à leur tour être directement affectées. C’est ce que redoute la Banque Mondiale. Dans un rapport sur les perspectives économiques mondiales à propos des pays en développement, celle-ci s’alarme des risques de déstabilisation parce que « les amortisseurs économiques sont épuisés. En moyenne, les déficits budgétaires des pays en développement ont augmenté de 2,5 % du PIB par rapport à 2007. » D’où une marge de manœuvre moins importante pour opérer une relance budgétaire en cas de crise grave. Autre problème : les déficits des comptes courants des pays en développement se sont détériorés de 2,8 % du PIB en moyenne. « Si le financement international n’est pas disponible en cas de crise, un manque de fonds étrangers pourrait forcer plusieurs pays à réduire les dépenses gouvernementales et/ou les importations. »

Banque mondiale Ce sont ces troubles potentiels qui ont récemment poussé le gouvernement indonésien à demander à la Banque Asiatique de Développement de préparer un fonds d’urgence de 500 millions de dollars à son attention en cas de crise financière mondiale prolongée. Le mois dernier, la Banque Mondiale a également accepté de préparer 2 mi l l i ards de dollars pour l’Indonésie pour les mêmes raisons. De son côté, la banque centrale indonésienne a affirmé que le pays était préparé à un approfondissement de la crise de la dette dans l’Eurozone. La Banque d’Indonésie a annoncé vouloir accroitre son intervention sur le marché des changes afin de réduire la volatilité de la rupiah qui a perdu 4% de sa valeur depuis le début de l’année. Ces interventions consistent généralement à vendre des dollars pour des rupiah.

Par ailleurs, afin de continuer son développement en cette période de crise, l’Indonésie dépend beaucoup des investissements directs étrangers. Les pays européens, en raison de leur situation locale, vont en réduire la voilure. Mais d’autres grands pays émergents tels que la Chine ou l’Inde, qui font partie des principaux investisseurs dans l’archipel et représentent deux des principaux débouchés pour les immenses ressources naturelles du pays, sont à leur tour touchés par une réduction de leur croissance et des problèmes internes inhérents. L’état de grâce engendré par l’augmentation de la note indonésienne par deux des agences internationales de notation à la fin 2011 est déjà remis en cause. A cela viennent s’ajouter de récentes mesures protectionnistes instaurées par le ministre de l’Economie Hatta Rajasa. Ces mesures, surnommées « Hattanomics », visent entre autres à limiter la propriété des compagnies minières par des fonds étrangers, à augmenter les taxes sur les exportations de ressources minérales ou à réduire les importations de viande. Ces mesures, associées aux traditionnels problèmes de bureaucratie, de corruption et de manques d’infrastructures, pourraient avoir une influence très négative sur les velléités d’investissements étrangers en Indonésie. Le ministre de l’Economie, candidat déclaré au poste suprême dans deux ans, sait que ces mesures protectionnistes viennent flatter le nationalisme à fleur de peau des Indonésiens. Mais elles pourraient aussi diminuer l’attractivité du pays aux yeux des investisseurs et réduire les transferts de technologie et de compétences tant nécessaires.

En l’absence de ministres réformistes dans l’équipe économique gouvernementale actuelle tels que la ministre des Finances Sri Mulyani en 2008, ces récentes mesures n’ont que peu de chances d’être remises en cause. Si la crise européenne se poursuit dans le temps, la combinaison de ses effets sur l’économie mondiale et des craintes naissantes des investisseurs pourraient noircir l’avenir prometteur de l’économie indonésienne. Un scénario que l’archipel ne peut pas se permettre.

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