Le pesut, un dauphin d’eau douce qui vit dans le fleuve Mahakam au Nord-est de Bornéo est aujourd’hui menacé par diverses pollutions. L’espèce ne compte plus que quatre-vingts individus, mais la petite ONG « Yayasan konservasi RASI » multiplie les initiatives pour les sauver.
« A vrai dire, je n’y croyais pas. Des dauphins qui vivent dans ce fleuve aux eaux sombres ? Cela me semblait irréel. Nous étions pourtant là, en observation, jumelles sur le nez, à attendre en silence. Et soudain, ils ont surgi de partout ! C’était extraordinaire », affirme Danielle Kreb qui se souviendra longtemps de cette journée de 1997. Dix ans déjà qu’elle a commencé à étudier les dauphins d’eau douce du Mahakam, un fleuve au nord-est de Bornéo. Une population aujourd’hui menacée qu’elle tente de protéger en multipliant les initiatives au sein de l’association Yayasan konservasi RASI. Ce matin, dans ses bureaux de Samarinda, cette jolie blonde aux yeux bleu glacier fait le point sur son itinéraire et sur son combat pour sauver le dauphin de l’Irrawaddy, l’autre nom donné à ce dauphin d’eau douce que l’on trouve en Asie. Rien ne destinait cette biologiste hollandaise à s’installer dans le Kalimantan. « Alors que mes copains de l’université de biologie d’Amsterdam se penchaient sur l’étude des coraux ou du plancton, j’étais plus intéressée par les gros animaux. A l’époque, j’avais vu par hasard un documentaire passionnant sur les dauphins du fleuve Amazone. Mes demandes de stage sur le fleuve Yang Tsé en Chine, où ils étaient présents, n’ont jamais abouti. J’étudiais un autre sujet quand un ami m’a appelée d’Indonésie pour me parler des pesut Mahakam. J’ai foncé ! », se souvient-elle. Tout en préparant une thèse sur le sujet, elle crée avec Budiono, son futur mari le Yayasan konservasi RASI. Son but : sauver à tout prix ces mammifères.
L’habitat du pesut menacé
« Quand je pense que des gens de Samarinda me racontent qu’il y a vingt ans, ils jouaient au foot au bord du fleuve à côté de dauphins qui virevoltaient dans l’eau ! », commente-t-elle. Les choses ont beaucoup changé. En mai dernier, on ne comptait plus que quatre-vingts individus. Grâce à de nombreuses phases d’observation, les « field trips », l’association est capable de connaître la démographie exacte de ces cétacés. « Les dauphins présentent des ailerons très différents, souligne Danielle, nous pouvons donc suivre leur histoire individuelle. J’ai des photos d’identification de chacun d’eux. Je pourrais écrire une biographie de certains que je connais depuis dix ans ». L’habitat du dauphin d’eau douce est aujourd’hui sérieusement menacé par l’important trafic fluvial. Des péniches transportant des montagnes de charbon - il y a de nombreuses mines en amont sur le fleuve - naviguent sur le Mahakam. Ces monstres saccagent les rives et endommagent tout un écosystème. Les entreprises de charbon, par souci d’économie, refusent de transporter leur cargaison par voie terrestre. Une menace aussi pour les communautés de pêcheurs qui voient leur production péricliter. Dernièrement, certains n’ont pas hésité à bloquer la route et le trafic pour montrer leur mécontentement. La pollution sonore de ces navires et des speed-boats qui croisent sur le fleuve perturbent aussi le sonar des cétacés. Ce « radar intégré » leur permet de se repérer dans leur environnement, de communiquer et même de chasser. Les mines d’or présentes dans la zone utilisent des produits chimiques comme le mercure. Les déchets de charbon qui tombent dans le fleuve sont néfastes pour tout le monde. « Certains dauphins montrent une drôle de pigmentation de peau », regrette Danielle. A tout cela, il faut ajouter les méthodes de pêches comme les filets dérivants et la pêche à l’électricité, dangereux pour le dauphin. La déforestation illégale n’arrange rien au tableau final car il rend les eaux très sédimenteuses, ce qui réduit la profondeur.
Créer une zone de protection officielle La crainte de voir s’éteindre l’espèce plane. C’est le cas en Chine où le dauphin blanc du Yang Tsé, faute de protection, a totalement disparu. Pour éviter le même scénario, le YK RASI multiplie les actions. « Le taux de mortalité doit se réduire ou stagner. A aucun prix, nous ne devons diminuer leur chance de survie. C’est fondamental. Ce que nous voulons aujourd’hui, c’est que la zone soit officiellement décrétée zone protégée. Les dauphins le sont officiellement depuis 1990 », assure-t-elle. L’association travaille directement avec les pêcheurs avec qui elle entretient de bonnes relations. « Nous organisons souvent des meetings. Ils nous appellent quand ils trouvent un dauphin mort sur la rive. Nous leur fournissons de nouveaux filets quand ils libèrent l’un d’eux. Ils se sont engagés à ne plus poser de filets la nuit. Nous éditons des brochures d’information que l’on distribue partout jusque très haut sur le fleuve. On essaie aussi d’éduquer au mieux les enfants dans les écoles primaires », poursuit-elle. En 2002, de violentes inondations ont fait s’échouer un dauphin sur la terre. « Avec 50 hommes, nous avons organisé le sauvetage, se souvient Danielle Kreb. C’était un acte fort car auparavant, les pêcheurs de ce village les capturaient. Cela a permis une vraie prise de conscience ». Cela n’empêche pas des hommes d’affaires peu scrupuleux de capturer des cétacés. Comme cet homme politique qui a voulu construire un parc d’attractions. « On nous a appelés en urgence, raconte la biologiste. Tout avait été commandité et le filet était prêt à capturer l’animal ».
Le renforcement de la police forestière, dotée de speed boat, a fait évoluer les choses. « Le nouveau président, Susilo Bambang Yudhoyono, semble mettre l’accent sur une vraie protection de l’environnement. On a noté une augmentation des patrouilles qui surveillent le déboisement illégal », se réjouit la biologiste. Après une première rencontre d’experts en 2006, l’association envisage d’organiser un rendez-vous international en 2009 afin d’évoquer les différents projets de conservation des espèces. Danielle sirote son thé appuyée contre l’évier de sa cuisine. Budiono est penché sur l’ordinateur. Aucun d’eux n’est prêt à baisser les bras. « Je suis engagée depuis dix ans sur ce projet, pas question de laisser tomber sans de vrais résultats », martèle Danielle. Le message est clair. Malgré les difficultés, le dauphin du Mahakam peut compter sur l’aide de ces deux passionnés.








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- Le 19 janvier, par لتغتغ
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